La Tranche et le Miroir
Un bâtiment urbain divisé entre béton fracturé et verre réfléchissant, dialoguant avec la densité de la ville au crépuscule.
La façade se coupe en deux. D’un côté, le béton banché — gris, strié des traces de coffrage, fermé sur lui-même. De l’autre, le verre miroir, qui absorbe la ville et la restitue déformée. Entre les deux, une arête irrégulière : ni joint net, ni rupture franche, mais une lisière de briques érodées, comme si le chantier s’était arrêté là, délibérément.
Le fragment comme matière
Le projet assume sa propre incomplétude. La brique exposée n’est pas un accident ; elle est la mémoire du mur antérieur, conservée comme strate visible. Le béton neuf coexiste avec le moellon ancien sans hiérarchie. Cette coupe brute, traitée comme façade, renverse la logique du fini.
Ce qui reste du mur dit plus sur la ville que ce que l’on construit à sa place.
Présence dans le tissu
Au rez-de-chaussée, la vie continue : lumière chaude de l’enseigne, passant pressé, carrelage banal. Le bâtiment ne s’impose pas — il s’insère dans le flux de la rue dense, crépusculaire, électrique. Le verre miroir disparaît dans le reflet ; seul le béton affirme sa masse.