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N°062

La Tranche et le Miroir

Un bâtiment urbain divisé entre béton fracturé et verre réfléchissant, dialoguant avec la densité de la ville au crépuscule.

Façade d'un immeuble urbain en contexte asiatique dense : à gauche un mur de béton brut aux joints de coffrage apparents, dont l'arête droite s'effiloche en brique exposée irrégulière ; à droite une façade entièrement vitrée miroir reflétant les immeubles alentour et le ciel bleu du soir. Au rez-de-chaussée, une enseigne lumineuse rouge à caractères japonais surmonte l'entrée carrelée de blanc. Un passant traverse au premier plan.

La façade se coupe en deux. D’un côté, le béton banché — gris, strié des traces de coffrage, fermé sur lui-même. De l’autre, le verre miroir, qui absorbe la ville et la restitue déformée. Entre les deux, une arête irrégulière : ni joint net, ni rupture franche, mais une lisière de briques érodées, comme si le chantier s’était arrêté là, délibérément.

Le fragment comme matière

Le projet assume sa propre incomplétude. La brique exposée n’est pas un accident ; elle est la mémoire du mur antérieur, conservée comme strate visible. Le béton neuf coexiste avec le moellon ancien sans hiérarchie. Cette coupe brute, traitée comme façade, renverse la logique du fini.

Ce qui reste du mur dit plus sur la ville que ce que l’on construit à sa place.

Présence dans le tissu

Au rez-de-chaussée, la vie continue : lumière chaude de l’enseigne, passant pressé, carrelage banal. Le bâtiment ne s’impose pas — il s’insère dans le flux de la rue dense, crépusculaire, électrique. Le verre miroir disparaît dans le reflet ; seul le béton affirme sa masse.

Publié le 1 juin 2026